Rappel de quelques notions concernant la taille d’hiver

Les quelques principes et conseils donnés ci-après proviennent, principalement, de nombreuses lectures et, notamment, des ouvrages dont vous trouverez les références en dernière page. Je vous recommande particulièrement celui rédigé par notre ami Robert Coune car il s’applique directement à notre région très septentrionale. robert.coune@tele2allin.be

La taille est probablement l’opération culturale la plus délicate dans la vie de la vigne. C’est d’elle, en bonne partie, que dépendront la vigueur du plant, sa longévité, sa production, la maturation des raisins ... et, par la suite, la qualité du vin qui en sera issu. Si ce sont les vieilles vignes qui donnent le meilleur vin, encore faut-il leur permettre de bien vieillir !


Quand faut-il tailler ?

Au moment de la chute des feuilles, les sarments contiennent de l’amidon en quantité proportionnelle avec leur degré de maturité. Par la suite, une partie de cet amidon se transforme, sous l’effet du froid hivernal, en sucre qui redescend vers le tronc et les racines où il est stocké en réserve sous forme de grains d’amidon jusqu’au débourrement. Si l’on taille trop tôt, on jette l’amidon avec le sarment !
De plus, pratiquée, au cœur de l’hiver, durant le repos végétatif complet de la vigne, la taille ouvre des portes d’entrée aux cryptogames vecteurs des maladies du bois. Il convient alors de remédier à ces risques par l’application de bouillie fongicide sur les plaies de taille ou de les enduire de goudron végétal protecteur. De plus, la taille ayant tendance à provoquer une anticipation du débourrement dès l’apparition de quelques belles journées, on accroît ainsi les risques d’exposition aux gelées. Nos minuscules vignobles de quelques centaines de ceps ne justifient pas cette taille au cœur de l’hiver : nous avons bien le temps d’attendre le moment le plus propice. « Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars ».
Pratiquée, juste avant le débourrement, lorsque la terre s’est réchauffée pour approcher les 10°c (seuil de croissance ou seuil zéro), la taille est immédiatement suivie des pleurs qui agissent comme une barrière vis-à-vis des champignons et qui assurent ensuite une cicatrisation toute naturelle des plaies de taille.
Par contre, si l’on a constaté l’apparition de maladies du bois sur certaines souches (escaexcoriose ..) et que l’on projette de suprimer ces pieds, il vaut mieux le faire dès la chute des feuilles ou au cœur de l’hiver, arracher le maximum possible de racines et tout incinérer le plus rapidement possible pour éviter une propagation de la maladie. Si l’on tente de recéper ces souches atteintes, les résultats sont rarement concluants ; les outils utilisés pour cette taille doivent impérativement être désinfectés (alcool, essence, feu) avant d’être utilisés sur des sujets sains.
Il faut s’abstenir de tailler en période de gel car les sarments sont cassants (arcure impossible) et que les tissus végétaux sont fragilisés par le gel de leur eau de constitution.
Il faut utiliser des sécateurs qui assurent une coupe franche et nette sans écrasement du sarment : les sécateurs à enclume sont à proscrire. La coupe doit être éloignée d’au moins 2 cm du dernier œil conservé pour qu’il ne soit pas affecté par le dessèchement de l’extrémité.
Le plan de coupe doit être réalisé en oblique de sorte à permettre un écoulement latéral des pleurs pour ne pas noyer les yeux situés en-dessous.


Quel système de taille adopter ?

La plupart d’entre nous travaillent soit en Guyot soit en cordon de Royat et ces deux méthodes semblent les mieux appropriées à notre région.
Chacun de nous a pu constater que les yeux les plus éloignés de la naissance du sarment débourrent les premiers et ralentissent ou même entravent la croissance des yeux situés plus bas. Ce phénomène, appelé acrotonie, s’explique par le fait que les yeux les plus hauts émettent des hormones qui inhibent le développement des autres (inhibition corrélative). L’acrotonie est plus forte chez certains cépages et pour les souches faibles.
Pour les cépages dont les premiers bourgeons sont peu (ou pas) fructifères, il vaut mieux opter pour une taille où un long bois fructifère est renouvelé chaque année et taillé à 5, 6 ou 7 yeux : taille Guyot. Il faut noter que la pratique de l’arcure du sarment fructifère réduit l’effet d’acrotonie en contrariant, par la courbure, la vitesse de transfert de la sève vers l’extrémité ce qui favorise l’alimentation des yeux médians. Ceci permet de tailler un peu plus court tout en assurant un développement plus homogène de la végétation.
Pour les cépages dont les premiers yeux sont fructifères, une taille courte à 1 ou 2 yeux est suffisante et l’on peut dans ce cas opter pour une conduite en cordon de Royat dans laquelle chaque courson sera taillé à 2 yeux.
Si l’on opte pour une taille double (2 longs coursons en Guyot ou 2 bras en Royat), il faut rechercher, des 2 côtés, une même inclinaison et un attachage à la même hauteur. Sinon, le bras le plus haut ou le moins incliné se développera au détriment de l’autre en attirant toute la sève à lui. Pour les mêmes raisons, lors de l’installation d’une treille de raisins de table à plusieurs étages, chaque cep ne doit être conduit que sur un seul étage sinon les sarments de l’étage supérieur attirent toute la force à eux et le cordon de l’étage inférieur finit par se dessécher.
Lorsque la période de risques de gelée est passée (en général vers le 20 mai après les Saints de glace), on opère le choix des pousses à conserver et on élimine, de préférence, celles qui sont mal positionnées ou mal sorties. Cet épamprage constitue une bonne mesure prophylactique vis-à-vis des maladies de la vigne. Il faut le pratiquer avec pour objectif de bien répartir la végétation pour lui assurer un bon ensoleillement propice à la photosynthèse et donc à la maturation du raisin. Il faut éviter une croissance trop exubérante et un entassement excessif de feuillage qui créent un microclimat humide propice au développement des maladies. De même, il faut éviter que les sarments de cépages voisins ne se chevauchent.
Il faut éliminer les sarments qui seraient issus du porte-greffe (sagates). Ils sont improductifs et affaiblissent le cep au point de le faire dépérir. Il faut les sectionner au ras du bois après avoir déblayé le sol au pied de la souche.
L’élimination des gourmands ou sarments indésirables doit être réalisée par une coupe rase permettant la suppression des yeux de la couronne (ceux qui naissent à l’intersection du vieux et du nouveau bois) sans que le vieux bois ne soit blessé.
Après plusieurs années, lorsque la souche s’est élevée trop haut par rapport au premier fil, on peut envisager de la rajeunir (recépage). Dans ce cas, après avoir laissé se développer, l’année précédente, un gourmand issu du tronc et situé dans le bon axe à la hauteur voulue, on élimine (en janvier ou février pour éviter l’écoulement de sève) le vieux bois au moyen d’une scie égoïne d’élagage puis, on traite immédiatement la grosse plaie ainsi occasionnée avec une bouillie fongicide appropriée car ces grosses plaies sont très réceptives aux cryptogames vecteurs des maladies du bois. Il faut noter que plus la vigne vieillit et plus diminue la faculté des yeux latents du tronc à débourrer : il ne faut donc pas attendre trop longtemps avant de pratiquer un recépage.
Dans le cas de nouvelles plantations et lorsque la vigueur du cep est suffisante, il est conseillé de former le tronc à la taille de la deuxième année. Cette formation doit se faire en une seule fois pour obtenir un tronc bien droit et dépourvu de blessures.


Combien faut-il garder d’yeux ?

Il faut toujours avoir à l’esprit que la fertilité des bourgeons est tributaire du temps qu’il a fait l’année précédente durant la période où ils se sont formés c’est-à-dire en mai, juin et juillet. Ces bourgeons contiennent déjà, à l’état d’ébauche, les premières feuilles, des vrilles et des inflorescences (pré-formé) mais ils sont en dormance. S’il a fait beau, et s’ils ont été bien exposés à l’ensoleillement, ils seront plus fertiles que dans le cas contraire. Voici encore une excellente raison pour éviter un foisonnement de la végétation.
Le nombre d’yeux à conserver doit être raisonné sur base de la vigueur de chaque cep individuellement. Si l’on taille trop court un sarment vigoureux, on le rend encore plus vigoureux. Il faut, au contraire, le tailler un peu plus long que d’habitude. Si l’on taille trop long un sarment peu vigoureux, on le rend encore plus chétif. Il faut, au contraire, le tailler plus sévèrement.
Sous nos latitudes, à l’extrême limite de la culture de la vigne, la souche devient incapable d’assurer une maturité correcte de ses raisins si on lui conserve trop d’yeux. Certains spécialistes préconisent de ne pas dépasser 400 à 500 yeux par are pour notre région. Pour une densité de plantation de 100 pieds par are, ceci correspond à 4 ou 5 yeux fructifères par pied après ébourgeonnement.

Que faire contre les gelées de printemps ?

Vis-à-vis des gelées postérieures à la taille, il est possible d’en réduire l’impact par des pratiques culturales adaptées : il est déconseillé de pratiquer un labour printanier à grosses mottes car ceci augmente la surface de réfraction du sol et accentue l’effet du gel : il est recommandé de rechercher une planéité relative du sol. Dans les vignes enherbées, l’action du gel est d’autant plus grave que l’herbe est haute : il est donc conseillé de maintenir l’enherbement le plus ras possible. Comme l’action du gel sur les yeux est d’autant plus forte que ceux-ci sont proches du sol, il est conseillé, dans les endroits mal exposés, d’opter pour une hauteur des souches plus élevée (60 à 80 cm). Ceci permet, accessoirement, de diminuer légèrement le développement du mildiou. Par contre, on a constaté que plus la distance entre les grappes et le sol augmente et plus l’acidité du moût augmente. On peut aussi retarder l’attachage des sarments au premier fil pour profiter plus longtemps de l’éloignement par rapport au sol : mais, ceci présente l’inconvénient de provoquer un développement beaucoup plus important des yeux situés le plus haut. Dans les parcelles très gélives, il est possible de retarder la taille jusqu’en avril même lorsque le débourrement a déjà commencé à l’extrémité des sarments car ceci retarde de quelques jours le débourrement des autres yeux. Les obstacles qui empêchent l’écoulement de l’air froid hors du vignoble (haies, buissons, talus...) doivent être supprimés.

Que faire des bois de taille ?

Les bois de taille ne doivent pas traîner dans les interlignes. Si on les rassemble en fagots, leur stockage doit être éloigné de la vigne car ils pourrissent rapidement sous l’effet de l’humidité et deviennent alors de véritables foyers de maladies. Après les avoir ramassés soigneusement, il est préférable de les broyer avant compostage ou de les brûler. Il faut savoir que les cendres produites par 1 kg de sarments secs contiennent environ 2 gr de P2O5 et 6 gr de K2O qu’il est ainsi facile de restituer au sol.

Conséquences du gel d’hiver :

Les températures extrêmement basses relevées début janvier 2009 (- 18,5° le 6/1 à Antheit) pourraient avoir des conséquences sur nos ceps d’autant plus que la chute de température ne s’est pas faite de manière progressive. La bonne couverture de neige (environ 10 cm) pourrait par contre en avoir atténué les effets néfastes dans le sol (racines). A Antheit, tous les plants de romarin ont gelé et les lauriers font très pâle figure !
La vigne (vitis vinifera) est normalement capable de supporter des températures descendant jusqu’à – 15°c (seuil de cryotolérance). Pour des températures comprises entre -15 et – 20°c, on peut constater un brunissement des bourgeons. Les rameaux fructifères peuvent également être touchés : dans ce cas, on constate un anneau brun noirâtre sous l’écorce. Le vieux bois pourrait se fendre avec pour conséquence une sensibilité au broussin, maladie bactérienne due à Agrobacterium vitis et qui se manifeste par des croûtes ou verrues dans les crevasses.
A l’intérieur d’un même œil, le bourgeon principal est tué le premier ; les bourgeons secondaires sont plus résistants. Le gel des yeux se constate dès le débourrement. Par contre, les dégâts aux ceps peuvent se manifester plus tard et s’échelonner sur plusieurs années.
Les vignes âgées présentant de nombreuses plaies de taille et les très jeunes vignes (soudure de la greffe et tissus plus riches en eau) sont particulièrement sensibles. Pour les très jeunes vignes, on peut conseiller, en préventif, un buttage automnal recouvrant soigneusement le point de greffe.
En Suisse, on a constaté que le RieslingxSylvaner est plus sensible que les autres cépages.
Les vignes présentant une vigueur trop grande sont plus sensibles. Celles conduites en respectant un bon équilibre feuille/fruit qui induit un bon aoûtement des bois et la constitution de réserves sont plus résistantes. Les systèmes de taille longue (Guyot) sont préférables. Les vignes non encore taillées résistent mieux. Pour certains cépages hybrides comme Léon Millot ou Maréchal Fosch par exemple, le seuil de cryotolérance peut atteindre – 20 à – 30°c : ceci a été constaté au Canada.
Le réchauffement climatique de la période automnale observé ces dernières années contrarie l’entrée en dormance de la vigne et conduit à certains déséquilibres métaboliques qui peuvent entraver son endurcissement (par exemple : baisse de l’hydrolyse de l’amidon ou augmentation de l’eau libre dans les tissus des sarments). Ceci pourrait également entraîner une vulnérabilité plus marquée de la vigne vis-à-vis de gelées aussi subites et intenses.


Bibliographie :

Viticulture – J.L. Simon, J. Schwarzenbach, M. Mischler, W. Eggenberger, W. Koblet
Editions Payot Lausanne – La Maison Rustique, Paris – 1978.

La Culture de la Vigne – Jean Nicollier
Editions Rhodaniques Saint Maurice Switzerland – 1984.

Viticulture d’Aujourd’hui – André Crespy
Aa Technique & Documentation – Lavoisier – 1992.

Manuel de Viticulture – Alain Reynier
Technique & Documentation – Lavoisier – 1997.

ABC VITI-VINI – Robert Coune
Diffusion non commerciale – 2006.