Billet d’humeur d’un jardinier amateur déçu et mécontent !

C’est la fin de juillet, vous lirez peut-être ce billet à l’automne lorsque les récoltes se termineront. Aujourd’hui, il fait chaud, la terre est sèche. Je n’ai guère arrosé, escomptant les effets d’une couverture permanente du sol. Mais que de maigres résultats ! Les haricots sont ridicules et les laitues montent prématurément. Cela laisse augurer une augmentation du prix des patates ! Enfin, ce sont les aléas du jardinage amateur. « Une année bonne et l’autre non … » disait Jean Ferrat.

Voilà pour la déception. Je vous laisse découvrir le motif de mon mécontentement en vous posant la question « Connaissez-vous le cirse ? ». Sûr que nombre d’entre vous ignorent qu’il s’agit d’une plante commune. Elle appartient à la famille des astéracées ; comme le pissenlit, la pâquerette, le bleuet, le géranium, etc. Une famille qui regroupe quelques 20.000 espèces. Une description du cirse, vous aiderait-elle à trouver son nom populaire ? (Son nom vernaculaire disent les avertis !)
Le cirse est vivace. Il repousse donc chaque année. Dioïque, la plante est soit mâle, soit femelle. Parfois, mais rarement hermaphrodite. Le cirse se décline en plusieurs variétés, dont certaines sont utiles et protégées. Mais deux sont particulièrement redoutables : Cirsium vulgare et surtout Cirsium arvense.

Cirsius arvense, bien connu de nos agriculteurs, aime les sols profonds, azotés, riches en humus. Sa tige peut atteindre un mètre et sa racine 6 m. Ses rhizomes en surface se multiplient quand on les éclate. Ses jolies fleurs pourpres, disposées en capitules, donnent des graines (akènes) de couleur beige, entourées d’aigrettes de soie (pappus) qui facilitent leur dissémination par le vent sur des distances de 30 à 150 m, voire 400 m. Ses feuilles simples, en forme de plume, sont échancrées. La face inférieure offre une pilosité blanchâtre, alors que la face supérieure est glabre. Le bord cilié est très épineux. Vous l’avez reconnu ?

Bien sûr, c’est du chardon des champs que je vous parle, cause de mon mécontentement ! Depuis 15 jours, au gré des vents, sur une parcelle de terre non entretenue, 4 à 5 ares de chardons disséminent des centaines de milliers de graines. Cela, par la négligence d’un propriétaire peu soucieux de l’entretien de son bien et du respect du voisinage. Et c’est seulement cette année, après avoir extirpé manuellement une quarantaine de rosettes de chardon dans mon jardin, que je m’en aperçois. Cette prolifération se constate d’ailleurs dans toute la campagne avoisinante !
Il faut savoir que la germination du chardon est facile et abondante (80 à 90 %). La graine survit 10 à 20 ans. L’année d’installation voit apparaître une rosette, facile à enlever. L’année suivante, le développement est rapide. En 4 mois la racine pivot grandit d’un mètre. Latéralement, des rhizomes émettent des bourgeons adventifs qui drageonneront pour donner une nouvelle plante. Ainsi, en 3 ans, un seul chardon colonise 250 m². Chaque nouvelle plante formée fabrique son propre système racinaire sur lequel va naître une seconde génération de drageons et un nouvel étage de rhizomes.
Si les pousses de l’année sont détruites, la dominance apicale est levée et de nouveaux drageons se développent au départ des bourgeons adventifs, ce qui accentue encore la colonisation. Lors de travaux du sol, les rhizomes fractionnés sont disséminés et initient une nouvelle pousse.

Admettez qu’il est impérieux d’éradiquer le chardon ! A cet effet, et « pour lutter contre un sentiment d’impunité engendré par l’indigence du Ministère de la Justice » (sic), la Zone de police de Hesbaye, s’est appuyée sur la loi du 20-07-2005 pour ordonner divers arrêtés. Dont l’article 31, relatif au chapitre de la propreté publique, qui « oblige » le fauchage des chardons avant leur floraison, soit le 15 juillet au plus tard. Cela sous peine d’amende ou de frais d’exécution à charge du contrevenant … si l’Administration communale se montre soucieuse du règlement !
Mon propos n’a d’autres buts que d’attirer votre attention sur le nombre grandissant de chardons dans nos campagnes et sur les conséquences d’une négligence élémentaire coupable. Mais surtout, sur l’espoir, un peu vain, de protéger la nature en évitant l’usage d’un désherbant. Car demain, devant le nombre, et si les chardons ont pris racine, aurais-je encore le courage de me courber et de m’agenouiller pour ne pas polluer la nappe phréatique ? Et vous, quelle sera votre attitude ?
Robert Coune (sources S. Rouxhet – internet)