LA PLANTATION DU VIGNOBLE

Après avoir soigneusement fait le choix des cépages et de leur porte-greffe, après avoir bien délimité la parcelle à cultiver, après avoir pratiqué le labour et avoir apporté les éventuelles corrections nécessaires à la composition chimique du sol, le moment est venu de planter le vignoble. Si l’opération est réalisée avec soin, le taux de reprise des plants avoisine les 100 %.
Quand ?
La plantation se pratique, soit à la fin de l’automne (tout le monde connaît l’adage : à la Sainte Catherine, tout bois reprend racine), soit au printemps, à condition de protéger les greffons contre la gelée ou d’attendre jusqu’au 15 mai. S’ils ne sont pas mis en place directement à l’achat chez le pépiniériste, les plants soudés greffés doivent être stockés à l’abri de la lumière dans un endroit frais et humide.
Comment ?
Les jeunes plants sont généralement pourvus d’une longue et abondante chevelure de racines. Juste avant de les planter, on recoupe ces racines avec un sécateur bien affûté pour leur conserver une longueur de 15 centimètres environ et le greffon est taillé à 2 ou à 3 yeux. Les plants sont ensuite déposés dans de l’eau pour bien humidifier les racines. Après avoir creusé un trou de 30 centimètres de côté et de 40 centimètres de profondeur, on aménage au fond de ce trou une bute conique de 15 centimètres de hauteur. Après avoir praliné les racines du plant, par exemple dans un mélange bien liquide de terre noire et de bouse de vache, on répartit les racines du plant tout autour du cône puis on recouvre les racines avec un peu de bonne terre émiettée. On ajoute un peu de fumier ou d’engrais au pied des racines puis on comble le trou en ayant soin de bien tasser la terre tout en maintenant la soudure entre le porte-greffe et le greffon à 5 centimètres au dessus du niveau du sol. Ce dernier point est très important : en effet, si le greffon entre en contact avec la terre, celui-ci va émettre ses propres racines ce qui entraînera l’inutilité du porte-greffe ainsi que la perte des propriétés que l’on recherchait.
Immédiatement après la plantation, on arrose soigneusement chaque pied suivant le degré d’humidité de la terre et, si le temps est trop sec, on répète l’opération aussi souvent qu’il est nécessaire pour assurer la reprise des plants.
Densité de plantation
La vigueur des souches est, en général, défavorable à la qualité et ses effets sont d’autant plus préjudiciables que la vigne est cultivée en latitude élevée. En effet, cette vigueur entraîne le prolongement de la croissance trop loin dans la saison ce qui retarde la maturation des grappes. En somme, les souches trop vigoureuses ont un métabolisme plus actif et font moins de dépôts de sucre ; de plus, comme elles produisent plus de grappes, la concentration en sucre y est insuffisante.
Sous nos latitudes, il semble qu’on ne doive pas descendre sous 50 pieds à l’are (ce qui correspond à un espacement de 1 mètre entre les pieds et à un écartement de 2 mètres entre les rangs).
D’autre part, les densités supérieures à 100 pieds par are sont de plus en plus rares par suite des difficultés qu’elles entraînent lors des travaux dans la vigne. La conduite en vignes hautes exige une diminution de la densité de plantation pour éviter les phénomènes d’ombrage trop important.
Certains spécialistes estiment que sous nos latitudes, il faut limiter la production entre 400 et 500 bourgeons à l’are. Cette manière d’exprimer le développement de la vigne montre bien qu’il faut respecter un équilibre entre la densité de plantation et la sévérité de la taille. En somme, plus les conditions sont défavorables, plus les rendements doivent être réduits pour garantir une qualité convenable. Tout l’art du vigneron consiste à trouver le meilleur équilibre.

Jules MARQUET.